Mon Dieu, le paradis sur Terre retrouvé! Petite ville chouette mais surtout, superbe auberge calme et plaisante. Je suis dans un dortoir de filles et nous vivons comme dans une grande maison! Première journée relaxe à repérer l’épicerie, le lac, les endroits pour courir, etc. Nous sommes entourés de montanges, certaines aux sommets eneigés, d’autres aux pieds garnis de verdure… un paradis de randonneurs. Petit entrainement au parc avant de profiter du soleil (encore un 25 degrés!!). Nuit récupératrice malgré deux cadrans qui sonnent en carillon, m’extirpant de mon sommeil.
Eveil en douceur, je boucle des excursions, mange des glucides et pars en randonnée faire le Queenstown Hill Track. Un pur bonheur pour les yeux, le cardio et les poumons qui emmagasinent de l’air frais. Je me sens vivre et encore une fois, seule au monde du haut de mon sommet. Consciente que ce sont quelques-uns de mes derniers moments idylliques, je profite à fond.


BUNGY TIME
Ayant été convaincue par plusieurs personnes sur ma route (dont Craig) et se trouvant sur ma liste des choses à faire avant de mourir, je devais sauter en bungy en Nouvelle-Zélande. Chaque site semblait offrir un petit quelque chose de particulier alors je me suis surprise à acheter le forfait “trilogie”… et le kit de photos souvenir.
Jour J: 30 novembre 2009
J’ai bien dormi, pas trop mangé, GO. On me pèse une première fois (qui m’a dit que j’allais maigrir en voyage??); chiffre inscrit sur ma main gauche pour toute la journée et re vérifié avant chaque saut. Anxieuse, je m’assois dans le bus en n’arrivant pas à croire que j’ai trois sauts à faire.

Premier site magnifique: Kawarau Bridge over the river. Je ne veux pas regarder les autres sauter, je ne veux pas penser et avoir le temps d’analyser. Bang, je fonce me faire attacher les pieds! 43 mètres, rivière comme piste d’atterrissage, on me demande si je veux toucher l’eau… pourquoi pas! J’ai nommé ce saut Purification… 3-2-1, mon cerveau crie STOP, mon corps avance curieux, je saute. Je m’emplis d’un mélange de peur, d’entendement, de folie et d’extase comme je touche l’eau et que le bateau vient me récupérer… sensation d’irréel, je n’arrive pas à croire que j’ai sauté (j’ai un peu fermé les yeux aussi)!
(photo d’une carte postale)
Envahie d’adrénaline, je me sens hyperactive (imaginez), mais sereine. Une grande fatigue mobilise mon corps comme après une grosse journée de ski quand on prend la première gorgée de bière ou de vin. On re saute dans le bus qui nous transporte vers le vrai défi: Nevis river, 134 mètres de chute (le plus haut du monde). Rien que de rejoindre le site en autobus me donne des papillons et ma conscience commence son travail pour m’empêcher d’y aller. C’est impressionnant; en moins de deux minutes, on m’installe le harnais, on me re pèse et on me fait re signer la décharge. Je prends place dans le funiculaire qui nous relie au tremplin sans chercher à comprendre.
On saute par ordre de poids pour faciliter les changements de cordes… donc je suis une des dernières… je ne veux plus, je me demande pourquoi je suis là, pour quelles raisons je fais ca?!!! C’est trois fois plus haut que le saut précédent, je tremble, j’ai chaud, j’ai peur même si tout le monde revient avec le sourire. On m’appelle: Next Melissa! On m’explique la corde à tirer pour relacher les jambes après le 2e rebond, j’écoute, mais je suis ailleur. Ce saut fut baptisé Remerciements à la vie.
Debout sur la planche, la confrontation de moi avec moi est à son summum. Je demande au “crew” si mon harnais est OK, je me positionne… j’entends le decompte 5-4 “non, non crie ma petite voix” 3-2 “j’peux pas Mil, désolée me supplie ma conscience” 1… et mes bras s’étendent en croix, le peu d’énergie qui me reste dans les jambes me propulse devant, dans le vide. Un saut de l’ange quasi parfait; les yeux grands ouverts, je savoure l’effet de la gravité, mon corps qui plonge, la peur qui s’efface, la jouissance m’envahit, le sentiment d’avoir vaincu, d’avoir atteint quelque chose d’indescriptible.


Le premier rebond s’effectue en douceur, c’est beau, je pleure au bout de ma corde! 2e rebond, mon cerveau me répète les consignes, je libère mes jambes pour prendre la position verticale, je capote. Alors qu’on me hisse mécaniquement, je rassemble mes esprits, je l’ai fait! Retour sur le tremplin, on me détache, je tremble encore avec mon énorme sourire qui refuse de s’évanouir en répétant à ceux qui n’ont pas sauté encore: “Amazing”.
Retour à la terre ferme, le saut a été tellement significatif et empli d’une game d’émotions pour moi que je m’offre la vidéo (que je troque dans mon budget contre un souper au resto). Autre décharge de morphine, on dirait que j’émerge de 5 ans de méditation… dans l’autobus, les visages nerveux et inquiets affichent une grande paix, une satisfaction, une complicité entre sauteurs! En route vers le centre-ville, je prends le billet pour les gondoles et le spectacle maori de 19h (sans le souper). Au sommet, le dernier plongeon surplombe la ville et s’échoue dans la foret (47 m.). Je nomme ce saut Renaissance.

Je suis la première du groupe, on me suggère de courir et de plonger comme dans une piscine. Ca beau être mon 3e de la journée, la chienne dort au creux de mon ventre quand le décompte part. 3-2-1, je cours, légère hésitation à peine visible dans l’ensemble du mouvement et je plonge dans le vide, retrouvant ce sentiment de bien-être, de lacher-prise. La vue sur la ville est splendide et je salue au passage les gens qui ont monté avec moi dans les gondoles et qui me font des gros ta ta.

Au retour, on m’apprend que je peux re sauter gratuitement. Une partie de moi veut, l’autre me dit que c’est assez d’adrénaline à gérer en 6 heures. La première gagne et en 20 minutes, me revoilà équipée du harnais. Afin de rendre l’expérience complète, je demande au gars si je peux sauter de dos. Il me le suggère fortement, car je vais vivre la perte des repères, ce qui est épeurant pour le cerveau. Je l’avertis que je vais crier fort (seule action efficace pour libérer ma peur). Il est prêt; il a des enfants qu’il me dit!
Je fais le décompte toute seule, mes jambes obéissent lorsque le 1 arrive… je me pousse dans le vide dos premier et plutôt que de voir la terre approcher, je vois le ciel qui s’éloigne comme dans une chute libre de cauchemar. Je pousse un cri de mort jusqu’à ce que je sente la corde faire le premier rebond.

C’est fini Mélissa. De loin la chose la plus épeurante que j’aie faite de ma vie de mon propre chef! Au retour, on me dit que je suis bonne pour doubler “scary movie”… En effet, lorsque je vais écouter la vidéo, mon propre cri me donne des sueurs froides; un cri qui prend au corps, qui perce la moëlle, qui est chargé de détresse, de peur…
Ainsi gavée de sensations fortes, je prends place pour le spectacle maoris (toujours charmée par les mâles). Puis je redescends avec les gondoles pour manger mes pâtes (judicieusement échangées contre ma vidéo). Je me couche, en ressentant par spasmes la peur, le plaisir et l’impression d’avoir déjouer le risque, d’avoir été immuable!
G. I. Jane extrême
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